Quelle belle fin d'année ; les banques font des bénéfices et les places boursières repartent à la hausse. Ne devaient-elles pas faire faillite à cause de la crise ? Dans un autre domaine, ce sont les salles obscures qui ont connu une affluence record. Ne devaient-elles pas faire faillite à cause du téléchargement illicite ? Parce que, cette année, on nous en a rabattu les oreilles de la crise et du téléchargement illicite !
Les deux premiers sujets sortant de mes compétences, je laisse à chacun la liberté de revenir sur l'actualité de l'année et éventuellement sur les sommes investies dans nos petites institutions bancaires. Concernant l'industrie cinématographique, je suis heureux de rappeler que cette année le "Box Office" US a rapporté 10 milliards de recettes en salle sur son territoire. En France, nous allons approcher les 200 millions d'entrées, soit la meilleure fréquentation depuis 1982.
Alors ne sommes-nous pas en droit de nous demander quel est le niveau de nuisance réel du téléchargement illicite ? Par exemple en demandant simplement aux pirates qui nous entourent (car ils sont parmi nous) s’ils fréquentent ou non les salles obscures. Pour ma part, j'ai l'impression que nous consommons plus d'œuvres cinématographiques (notamment) et qu'une partie de cette consommation supplémentaire est illicite pour certains consommateurs. Cela dit, seule l'étude de l'impact de cette côte part permettrait de déterminer si elle est nuisible aux industriels ou si au contraire elle suscite de la demande.
Le téléchargement d'œuvres non rémunérées (directement ou indirectement) n'est pas une bonne chose pour l'ensemble de la communauté. Il est certain qu'il faut rapidement trouver des modèles économiques de substitution. Mais regardons qui les premiers se sont bougés pour les trouver. Les grosses sociétés de production ayant d'énormes moyens financiers ? Que nenni, elles étaient bien trop occupées à freiner des quatre fers toute nouveauté technologique qui pourrait leur nuire, en essayant notamment de faire adopter de nouvelles lois. Comme si, à notre époque, il nous était impossible de régler quelque problème que ce soit autrement qu'avec de nouvelles lois ! Ce sont donc d'abords de petites entreprises innovantes qui ont proposé des alternatives, reprises ensuite pour certaines par de gros industriels confrontés à l'inévitable réalité. Car comme il est dit ; "on n'arrête pas le progrès" !
Il n'est bien évidemment pas acceptable pour une entreprise d'accepter l'idée de décroissance économique de son secteur. Mais est-ce normal de refuser de s'adapter aux évolutions de son environnement ? Si je prends l'exemple des séries télévisées américaines, sachant qu'elles sont commandées par les chaînes et rémunérées par la publicité, pourquoi à l'heure de la mondialisation (notamment des marques et des annonceurs) ne peut-on pas les recevoir facilement en France sans les payer (une fortune) "à la demande" ou attendre une année entière pour qu'elles soient diffusées sur des chaînes nationales ?
L'avis de la CNIL est consultatif mais obligatoire pour pouvoir appliquer un décret. Le seul pouvoir de blocage dont elle dispose est donc de refuser de se prononcer. Sachant cela, on comprendra que ce n'est qu'une question de formulation lorsque, dans une lettre envoyée au gouvernement et portant sur la loi Hadopi, elle conditionne son avis à la transmission d'un autre décret, portant sur la procédure de sanction appliquée aux pirates. Cela ne nous évitera donc pas la prolifération législative mais permettra peut-être d'obtenir des décrets mieux adaptés à l'époque que nous vivons et aux besoins que nous avons.